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L’Oeuvre au rouge

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L’art a pour mission de traduire une extase de l’artiste et de la communiquer à autrui ; ainsi, elle tend à perdre sa qualité essentielle qui, pour la peinture, est d’être une œuvre plastique. Elle n’est plus une fin mais un moyen, le moyen d’échapper au monde et d’atteindre quelque chose qui n’est plus de ce monde. Elle devient exorcisme et révélation. C’est un monde ambigu, magique, fait de réel et de fantastique, symbole d’une réalité nouvelle dont l’accès semble hermétiquement codé, rempli d’énigmes mais renfermant cependant une profonde vérité intérieure. Raffinée et lucide, Inès de la Torre est une grande magicienne de la peinture. Face à ses tableaux, nous sommes au « fond » dans une sorte de sphère où seraient révélés à qui pourrait les déchiffrer, les grandes énigmes de la destinée humaine ou l’un des très inquiétants univers parallèles. L’incroyable amour est cette force mystérieuse qui pousse à la rencontre fusionnelle tant désirée des éléments jadis séparés, c’est le retour à l’unité primordiale. L’œuvre d’art va suggérer de façon fugace la restauration de cet état primitif.

De la matière première des sages à l’œuvre au rouge, de la récolte des matériaux à la réalisation de l’œuvre, c’est à une authentique queste alchimique que nous convie Inès de la Torre à travers son œuvre picturale et symbolique. C’est dans le monde entier qu’elle va chercher les matériaux et les terres qui sont à la base des pigments qu’elle utilise, parfois à l’emplacement d’antiques sanctuaires. Un subtil et délicat mélange qui rappelle la voie du cinabre génère la couleur que le pinceau va déposer sur la toile. Alors d’un face à face onirique, la vision prend forme ; en un instant, d’étranges personnages prennent vie au cœur de lieux mythiques. Une fenêtre s’ouvre alors sur des plans habituellement voilés. Réalisation visible de ce qui est caché, l’artiste, par son œuvre, offre à celui qui la contemple comme un mystérieux sixième sens, un don subtil qui, l’espace d’un éclair, l’entraîne vers la réalité. A son tour, le spectateur privilégié poursuit sa propre queste alchimique par le truchement de l’œuvre picturale. Elevé vers de subtiles contrées, plongé dans la beauté, l’harmonie, la force, l’équilibre, il vit sa propre transformation, sa transfiguration au cours des multiples sublimations. La réalisation du grand œuvre conduit au grand mystère de la vie et de la mort. Mort et transfiguration, Eros et Thanatos, c’est aussi la reconquête de l’androgyne primitif. L’œuvre au rouge ouvre les portes du triomphe et du rayonnement qui donnent accès à l’assomption magique.

 

 

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